Une conversation avec Bertien van Manen


La durée, la proximité et la juste distance sont au cœur de la démarche de Bertien van Manen. En Russie, en Chine ou aux États-Unis, elle a consacré des années à chacun de ses projets qu’elle pense dès le départ en tant que livres. Bien loin d’une approche reportage, c’est une curiosité des modes de vie, des individus et de leur image qui fonde sa démarche. Après plusieurs rencontres, à Kassel ou à Landskrona, rendez-vous était pris à Paris pour une conversation. Au soir du dernier jour de Paris Photo, nous étions tous les deux épuisés, mais le regard de Bertien van Manen sur son travail était toujours aussi aiguisé. Rencontre avec une grande dame.


Comment as-tu débuté dans la photographie ? Je sais que tu as fait de la photo de mode. Mais comment tout cela a-t-il commencé ?

Avec des photos de mes enfants. C’est devenu le livre Easter and Oak Trees. Je n’étais pas photographe à cette époque puis j’ai commencé à faire des photos de mes enfants et des photos de mode avec mes enfants. Le tout ensemble. Avec des appareils que mon beau-père m’avait donnés. [Petits rires]


C’est étonnant parce que la photo de mode est quelque chose d’assez technique…

Oui, mais en ce temps-là, c’était le début d’une image un peu plus libre. Le magazine pour lequel je travaillais, destiné à un public très jeune, aimait beaucoup mon style photographique. Ce n’était pas vraiment un magazine de mode, plutôt un magazine féminin. C’est ainsi que j’ai débuté. Et j’ai gagné pas mal d’argent qui m’a permis d’acheter mon matériel.


Tu me disais lorsque nous discutions au festival de Landskrona (Suède) que tu n’aimes pas trop montrer ces photos de mode. Pourquoi ?

Je ne pense pas qu’elles soient très importantes ou intéressantes. Mais je ne les ai pas regardées depuis longtemps, donc peut-être qu’aujourd’hui… Tu sais, en vieillissant tout semble plus important et intéressant. Alors peut-être que si je les regardais maintenant je les trouverais OK.


Tu as souvent dit que la découverte des Américains de Robert Frank avait été un choc pour toi. Qu’est-ce qui t’a frappé dans ce livre ?

Sa liberté ! La manière dont Robert Frank regarde les choses avec simplicité, sa manière de ne pas prendre des images très nettes, mais aussi les accidents dans ses photos. Sa spontanéité, sa manière si naturelle de prendre des images m’ont vraiment attiré. Et j’ai voulu travailler de cette manière. […]


Cet entretien a été repris dans mon livre Conversations 2 où vous le trouverez dans son intégralité.


Portrait Frederik Buse

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