Une conversation avec Eric Tabuchi


Éric Tabuchi est né en 1959 à Paris où il vit et travaille. Musicien, il connaît le succès en 1987, au sein du groupe Luna Parker avec le single Tes états d’âme… Éric. Il se tourne ensuite vers la photographie. Son travail a été largement exposé depuis la fin des années 1990, notamment chez Florence Loewy et au Palais de Tokyo à Paris ou à La Chambre à Strasbourg. Il est l’auteur de sept livres, dont la somme en douze volumes, Hyper Trophy.

Dès ses premiers livres, Alphabet Truck et Twentysix Abandoned Gasoline Stations, Éric Tabuchi mêle typologies, avec la rigueur que ce concept sous-tend à une fantaisie liée au Pop Art. Au cours de cet entretien, il évoque la notion d’entre-deux fondamentale dans sa pratique, son rapport aux États-Unis et au territoire français. Il revient encore sur sa relation au plan et à l’espace et sur la dichotomie entre photographie et art contemporain qu’il tente de résoudre. Rencontre parisienne, un après-midi de décembre.


En 2008, tu as publié tes deux premiers livres, Alphabet Truck et Twentysix Abandoned Gasoline Stations qui font évidemment référence l’un à John Baldessari et l’autre à Ed Ruscha. Ce sont deux artistes que l’on peut situer à la frontière du Pop Art et de l’Art conceptuel. Deux dimensions que l’on retrouve dans ton travail. En quoi l’articulation de ces deux courants est-elle intéressante ?


Le paradoxe est que j’avais un travail personnel assez éloigné de ces deux livres. Je travaillais depuis déjà cinq ou six ans sur les périphéries et pour y accéder, je prenais ma voiture avec parfois quelques trajets d’autoroute. Un jour, j’ai pris une photo d’un des camions sans avoir d’idée particulière. C’était seulement une image qui me semblait déjà précomposée : j’avais juste à appuyer sur le déclencheur. Puis, une deuxième fois, je me suis retrouvé dans la même situation et j’ai pris une deuxième lettre. Et lorsqu’on a entamé un jeu, quand on est joueur, comme c’est mon cas [Rires] on est pris dans un engrenage. J’ai continué jusqu’à avoir cinq ou six images et je me suis remémoré cette pièce de Baldessari [The Backs of All the Trucks Passed While Driving from Los Angeles to Santa Barbara, California, Sunday, 20 January 1963] que je n’avais vu, il me semble, qu’en livre à la bibliothèque de la Maison Européenne de la Photographie. J’en avais le souvenir d’une œuvre très posée. Dans le protocole que j’ai établi pour l’Alphabet Truck, j’ai pensé à une image en trois tiers avec l’idée de refaire ce cheminement de Baldessari. Il était étrange de publier cette série en premier, car ces camions n’étaient pas mon sujet. Ils étaient l’objet que je croisais en allant photographier mon vrai sujet…


Cet entretien a été repris dans mon livre Conversations 2 où vous le trouverez dans son intégralité.

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