Une conversation avec Gerhard Steidl


Inutile, sans doute, de présenter Gerhard Steidl, fondateur de la maison d'édition qui porte son nom. Pourtant, l'homme disparaît souvent derrière le mythe. Steidlville comme est surnommé le 4 de la Düstere Strasse de Göttingen attise tous les fantasmes. Là, sous un même toit, sont regroupés une imprimerie, une maison d'édition et un hôtel destiné à accueillir les artistes invités à concevoir et réaliser un livre. Dans les lignes qui suivent, Gerhard Steidl revient sur ses débuts à treize ans, sur l'influence de Joseph Beuys sur son esthétique, sur son insatiable quête de perfection technique. Sur sa démarche actuelle visant à publier « l'œuvre d'une vie » de photographes majeurs : Robert Frank, Lewis Baltz ou William Eggleston. Rencontre avec un maître éditeur et imprimeur dans la cuisine de la Fondation Henri Cartier-Bresson, à l'occasion de son passage à Paris pour présenter la sortie du fac-similé d'Images à la sauvette.


L’histoire dit que vous avez débuté à 17 ans en 1967 en imprimant des affiches pour un théâtre. Qu’est-ce qui vous a attiré vers le graphisme et l’imprimerie ? De quel matériel disposiez-vous à cette époque ?

En fait, j’ai commencé à photographier à douze ans et à treize ans, même si j’étais encore un gamin, j’ai fait quelques photos professionnelles juste pour gagner de quoi m’acheter des films 35 mm, du papier photo et du révélateur. Je faisais tout moi-même. Ne me demandez pas pourquoi, ça m’est tombé du ciel. Je travaillais comme photographe de mariages ou d’anniversaires. Pas pour des amis, je mettais des annonces dans les journaux ainsi libellées : « Gerhard Steidl, photographe de mariages. Envoyez une carte postale, car je n’ai pas de numéro de téléphone. » Ainsi, à treize ans je prenais mes rendez-vous, j’allais faire mes photos et je les vendais. Au bout d’un certain temps, c’est devenu vraiment ennuyeux. Tous ces gens, toujours la même histoire… J’ai entrepris quelques expérimentations photographiques : de l'architecture, des arbres dans la forêt. Mais aussi dans la chambre noire avec des solarisations, ce genre de choses.


Après avoir acquis cette expérience, j’ai voulu apprendre à utiliser la lumière artificielle. Mais, comme je n’avais aucun argent pour acheter une lampe ou un flash, j’ai demandé au théâtre de ma ville si je pouvais faire des photos de scène pendant les répétitions. J’étais sur la scène et j’utilisais les lumières du théâtre. C’était du noir et blanc, car je n’avais pas d’argent non plus pour acheter du film couleur. Un jour, j’ai photographié une pièce de Berthold Brecht, Mann ist Mann [Homme pour homme]. J’ai montré mes images au metteur en scène qui m’a dit « Elles sont magnifiques, je veux les utiliser pour l’affiche du spectacle. » J’ai accepté, car je n’avais jamais vu mes photos imprimées autrement que sur mes tirages argentiques. Mais j'ai ajouté : « D’accord, mais je veux aller chez l’imprimeur observer le processus d’impression », car cela m’intéressait. […]


Cet entretien a été repris dans mon livre Conversations 2 où vous le trouverez dans son intégralité.


Portrait Markus Jan

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