Une conversation avec Horacio Fernández


Horacio Fernández est historien de la photographie et curateur. En 1999, il concevait l'exposition Fotografía Pública dont le catalogue est considéré comme le tout premier des livres consacrés aux livres de photographie. De 2004 à 2006, il a été Commissaire général du festival PhotoEspaña. En 2007 est lancée l'idée de tenter de recenser la production de livres de photographie publiés en Amérique latine. Horacio Fernández, avec l'aide d'un comité constitué notamment de Marcelo Brodsky, Lesley Martin, Martin Parr ou Ramon Reverté, a conduit cette quête trois ans durant. 150 livres publiés à travers tout le continent depuis 1920 sont présentés dans Les livres de photographie d'Amérique latine. La quintessence de ces livres latino-américains fait l'objet au Bal d'une superbe exposition visible jusqu'au 8 avril 2012. Elle voyagera ensuite dans le monde entier. Rencontre au Bal avec Horacio Fernández dans les salles de l'exposition qu'il a conçu.


En introduction de Les Livres de photographie d’Amérique latine, tu rapportes une anecdote : dans la bibliothèque de Manuel Alvarez Bravo, tu trouves un exemplaire de Atget photographe de Paris. Est-ce à dire que les livres de photographie sont (ou ont été) un vecteur majeur de partage et de transmission des expériences photographiques pour les photographes latino-américains ?

Oui, je le crois. Mais pas seulement en Amérique latine, cela vaut dans le monde entier. Les expositions voyagent assez peu –et plutôt mal. Les livres et les revues –mais aussi les annuaires photographiques qui ont eu une grande importance dans le passé– ont été le moyen de transmission des modèles photographiques.


Alvarez Bravo était au départ un photographe qui faisait des natures mortes, des mises en scène, etc. Lorsqu’il a vu le livre d’Atget, ces photos prises dans la rue, sans rien y changer, il s’est dit que dans la rue se trouvait ce qu’il faisait, mais en bien meilleur, en bien plus réel. À partir de là, il a changé du tout au tout sa manière de procéder. Alvarez Bravo avait des livres achetés dans les années 1930 comme Atget photographe de Paris donc, Die Welt ist schön de Renger-Patzsch ou l’annuaire Photographie d’Arts et Métiers Graphiques : il achetait des livres de son temps. Je ne dis pas que ces ouvrages définissent sa manière de travailler, mais qu’ils l'ont certainement modifiée.


Un autre exemple, dans les années 1950, le livre de William Klein sur New York inspire des livres de photographie dans le monde entier. Ils n’en sont pas la copie, bien sûr, mais il est intéressant de voir comment fonctionnent les relations entre livres. Nous avons ici Buenos Aires Buenos Aires de Sara Facio et Alicia d’Amico. Ce n’est évidemment pas une traduction du travail de Klein, mais il y a beaucoup de rapports entre eux. Les livres de photo sont donc un système de communication entre les photographes. […]

Cet entretien a été repris dans mon livre Conversations où vous le trouverez dans son intégralité.

French and English version available.


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