Une conversation avec Joachim Schmid


Depuis la fin des années 1980, Joachim Schmid a publié entre 150 et 200 livres, difficile de tenir le compte. D'abord en auto-édition "traditionnelle" et depuis quelques années en impression à la demande. Son matériau a suivi la même évolution technologique : au départ des photos trouvées dans la rue, maintenant des images téléchargées sur Internet. Par l'appropriation, l'œuvre de ce très ironique personnage interroge les usages sociaux des images, mais aussi le statut de l'auteur ou la notion de style dans l'art. Rencontre en compagnie d'Agnese Da Col dans un café à deux pas du Bal, où, à l'occasion du 5e Fotobook Festival, Joachim Schmid exposait puis vendait aux enchères les 96 volumes de sa série Other People's Photographs.


Rémi Coignet : Dans les années 1980, après des études de communication visuelle, tu as publié, de 1982 à 1987, Fotokritik, une revue théorique. Dans le même temps, tu as commencé à collectionner les photos trouvées, dans la rue, au marché aux puces, dans les journaux, etc. Cette collection a été la base de ton premier livre Der Leser hat das Bild en 1988. Lorsque tu passes au livre, est-ce une manière de faire de la critique en action?

Joachim Schmid : C’est une question complexe. Avant de publier ce magazine, je travaillais comme photographe. Mais j’avais beaucoup de doutes sur ce que je pouvais faire en tant que tel. J’ai donc rangé mes appareils photo et je me suis mis à écrire à propos de la photographie. À cette époque j’étais encore étudiant, puis rapidement après avoir quitté l’école d’art j’ai commencé à publier Fotokritik. Mais je ne pense pas que c’était un magazine théorique : je n’ai pas une formation universitaire. C’était donc plutôt un magazine à propos de la photographie avec mes propres doutes et mes propres idées. J’y invitais aussi d’autres artistes, à peu près de la même génération que moi, qui s’intéressaient à des questions similaires : qu’est la photographie ? Que fait-elle ? Après cela, très lentement, j’ai développé une nouvelle pratique visuelle. Et oui, on peut dire que c’est une pratique critique.


Agnese Da Col : Nous vivons dans un monde saturé d’images (du moins ici en Occident). Dans un tel contexte, qu’est-ce qui te conduit à produire/collecter/organiser des images ? Est-ce l’illusion qu’elles ont une fonction sociale, poétique, hédoniste ou toute autre fonction ?

C’est tout cela et beaucoup plus encore. Je comprends ma pratique ainsi : travailler avec, et travailler sur toutes les photos qui sont là autour de nous est, pour moi, une forme contemporaine de réalisme. Si l’on considère sérieusement que nous vivons dans une civilisation de l’image, il faut refléter les images tout autant que n’importe quel autre aspect de la réalité. Cela permet de se faire une idée de ce que les images font dans la société, de leur présence et de leurs fonctions dans la culture contemporaine.

RC : Dès tes premiers livres, et cela continue avec le choix de publier sur Blurb tu as opté pour une esthétique éditoriale bon marché…

Exact. […]

Cet entretien a été repris dans mon livreConversations où vous le trouverez dans son intégralité.

French and English version available.

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