Une conversation avec Patrick Faigenbaum


Après une formation picturale, Patrick Faigenbaum développe depuis 1973 une pratique photographique profondément inscrite dans l'histoire de l'art et, paradoxalement en apparence, tout aussi liée à la tradition de la photographie documentaire. Ses "portraits" d'empereurs romains et sa série sur la noblesse italienne l'ont fait connaître et reconnaître dans les années 1980. Ses "portraits de villes" ont ensuite marqué une nouvelle direction dans son travail. En 1997, sans abandonner le noir et blanc, il adopte la photographie couleur. Depuis ses débuts, la somptuosité de ses tirages est sa marque de fabrique. Il est sans doute l'un des rares photographes pour qui le travail en laboratoire est tout aussi important que la prise de vue. Deux expositions lui sont actuellement consacrées. Rencontre avec Patrick Faigenbaum dans un café bruyant et bondé qui tient lieu de cantine aux professeurs de l'École des Beaux-Arts de Paris où il enseigne.


Vous avez deux expositions en cours. Elles sont très différentes l’une de l’autre et, pour moi, également paradoxales. Celle du Point du Jour, à Cherbourg, s’intitule Noir et Blanc et vous y montrez quelques images en couleur. Pourquoi ?

Dans cette exposition Noir et Blanc, une des images couleur a un statut particulier, celle d’un couple à Brême, dans un café. C’est ma première photographie couleur et elle marque ce passage entre le noir et blanc et la couleur. D’ailleurs quand vous entrez dans la salle, vous la voyez de côté et vous percevez une plage dont vous ne savez pas vraiment si c’est du noir et blanc ou de la couleur. On peut penser qu’il s’agit d’un reflet. Cela m’intéresse beaucoup. Mais, les autres images couleur sont des natures mortes. Ce choix fait apparaître la couleur et en même temps ne fait qu’accentuer le noir et blanc des autres images. Cela permet également de rendre visibles les différents traitements des images noir et blanc. La couleur est comme une ponctuation.


Vous avez conçu, je crois, cette exposition de Cherbourg comme un autoportrait mental. Que voulez-vous dire par là ?

Cette exposition réunit une sélection de toutes les images que je fais depuis 1973. Depuis bientôt 40 ans donc. Elles montrent toutes mes préoccupations et mes sujets qui sont, au fond, toujours les mêmes. On y retrouve les mêmes genres, le paysage, le portrait, le documentaire, la nature morte, l’instantané ; mais aussi les questions sur le temps : la rapidité, la lenteur, le mouvement ; le bruit et le silence, le chaud et le froid. Les images montrées à Cherbourg forment un ensemble, une représentation de tout ce qui m’importe depuis toujours.

Cet entretien a été repris dans mon livre Conversations où vous le trouverez dans son intégralité.

French and English version available.


Photo © Patrick Faigenbaum. Courtesy Le Point du Jour

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