Une conversation avec Rob Hornstra


Depuis 2004, le photographe néerlandais Rob Hornstra a publié pas moins de huit livres, tous consacrés aux pays de l'ex-Union soviétique. En 2009, en compagnie du journaliste Arnold van Bruggen, il s'est lancé dans un très ambitieux projet d'une durée de cinq ans autour de la ville russe de Sochi où doivent se tenir les Jeux olympiques d'hiver de 2014. Il revient ici sur sa démarche, engagée dans le long terme, sur le mode de financement original qu'il a mis en place à l'heure de la crise de la presse. Il évoque encore l'importance du livre et de l'autoédition dans la diffusion de son travail. Après une rencontre dans les allées de Paris Photo orchestrée par Raphaël Dallaporta, conversation sur un coin de table à Offprint Paris.


D’où vient ton intérêt pour la Russie et les pays de l’ancien empire soviétique ?

Tout a commencé en 2003 en Russie. J’étais encore étudiant et j’avais la volonté de réaliser un projet d’envergure. L'histoire est un peu étrange. J’avais quelques doutes sur la société capitaliste dans laquelle nous vivons. De fait, je n’aime pas le capitalisme, même si bien sûr je n’ai pas de solution à ça. À ce moment, la Russie et l’ex-Union soviétique étaient dans une période de transition. Je me disais que dans cette transition pouvait, peut-être, se trouver une forme de moyen-terme entre capitalisme et communisme. Mais évidemment, les choses étaient bien différentes de ce que je pouvais imaginer. La Russie était déjà dans un état de capitalisme bien plus poussé que le nôtre, bien plus brutal. Arrivé là-bas, j’ai voulu comprendre comment la génération des jeunes Russes se débrouillait dans cette nouvelle société. J'ai également voulu mesurer le contraste entre eux et les personnes âgées élevées au sein du système communiste. C’est ainsi que j’ai réalisé Communism & Cowgirls. Au fur et à mesure, j’ai été de plus en plus fasciné par ce sujet.


C’est une question de caractère. Si j’avais débuté en Afrique ou en Nouvelle-Zélande, j’y serai sans doute également retourné pendant des années. Mais, un jour, j’arrêterai d’aller en Russie. J’irai travailler ailleurs pendant dix ans ! Peut-être aux États-Unis ou au Vietnam qui m’intéresse beaucoup. Mais à chaque fois que je voyage en Russie, je vois de nouveaux sujets sur lesquels j’ai envie d’enquêter.

Parfois les gens me considèrent comme un photographe de la Russie et je vois bien que cela, ça leur semble un peu inférieur au statut des photographes, journalistes ou documentaristes qui voyagent partout à travers le monde. Cela me paraît vraiment étrange : voyager quelque part pour une semaine ou deux signifie n'avoir qu’une vue grossière d’une situation. Et cela me surprend que ces photographes ne souhaitent pas enquêter davantage. Donc, je trouve leur manière de faire étrange et la mienne logique…


…Oui, tu as raison. Dans la presse écrite, les journalistes des pages International sont chacun spécialistes d’une région du monde.

Oui, c’est vrai. Mais bon, les gens lient mon nom à la Russie et aux ex-pays soviétiques. Après ma mort –aux alentours de 100 ans, de préférence– j'espère bien qu'ils constateront que je n’aurai pas été qu’un photographe de la Russie ! [rires] Encore une fois, il est passionnant pour moi d’aller au plus profond des sujets. Je voulais quitter la Russie après 101 Billionaires parce que j’étais fatigué de ce pays. Mais le journaliste Arnold van Bruggen m’a convaincu de réaliser ce nouveau projet. J’ai accepté, et cela implique de consacrer cinq nouvelles années à la Russie.

Cet entretien a été repris dans mon livre Conversations où vous le trouverez dans son intégralité.

French and English version available.


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