Une conversation avec William Klein


C’est sans aucun doute un truisme, mais prenons-en le risque. Avec son New York, William Klein a révolutionné, en 1956, l’histoire de la photographie. Il envoie par-dessus les moulins Ansel Adams et son zone system. Même Walker Evans prend alors un coup de vieux. Tout ce qui faisait les conditions d’une bonne photo : cadrage précis, souci du tirage le plus soigneux avec une large gamme de gris sont rejetés au profit de l’affirmation de la subjectivité absolue de l’artiste et de sa liberté à user de son outil sans autres règles que celles qu’il se fixe lui-même. Rejoins deux ans plus tard, en 1958, par Robert Frank avec Les Américains, il ouvre la voie à un genre photographique que, faute de mieux, je nomme « photographie à la première personne » et que l’on pourrait, par exemple, opposer à la neutralité revendiquée de l’école de Düsseldorf. Ce que Klein a inventé traverse toute la deuxième moitié du XXe siècle et court jusqu’à nos jours. Malgré de nombreux ersatz, on trouve quelques chefs-d’œuvre dus à des artistes qui ont su, eux aussi, trouver leur manière propre d’exprimer leur subjectivité. En une après-midi de janvier ensoleillée, délicieuse et précieuse conversation avec un maître parmi les maîtres dans son appartement du quartier de l’Odéon à Paris, en compagnie de Pierre-Louis Denis, directeur artistique et Tiffanie Pascal, chargée de communication et de production de l’atelier de William Klein.


Rémi Coignet : La première œuvre de vous que j’ai vue est The French. Ce devait être en 1982, à l’auditorium de l’École d’Arles. J’avais 13 ans. On m’a dit : « Il y a un film par un grand photographe, William Klein, sur Roland Garros. » J’ai répondu : « Cool, allons-y ».

William Klein : Vous aviez treize ans ?

RC : Oui. J’étais donc très jeune et ignorant. Je jouais un peu au tennis et je regardais Roland Garros à la télé. J’ai vu The French et j’ai compris qu’on pouvait représenter le réel autrement que selon les conventions médiatiques. Et je n’ai jamais oublié ce film. Je m’en suis toujours souvenu.

WK : Vous avez grandi à Arles ? C’est une belle ville.

RC : Oui. Mais, en revoyant ce film il y a quelques semaines pour préparer notre rencontre, je me suis dit que The French est un théâtre…

WK : Un théâtre ?

RC : Oui c’est une enceinte, un lieu clos, un théâtre.

WK : Il faudrait que je revoie ce film, je ne sais plus ce que j’en pense. C’était il y a longtemps, en 1981.

RC : Et j’ai pensé que presque toutes vos œuvres, que ce soit vos livres New York, Moscou, Tokyo, mais vos films aussi, étaient ainsi conçus comme des théâtres dans lesquels soit vous enregistrez, soit vous faites agir vos personnages. Qu’en pensez-vous ?

WK : Je veux bien. Je suis d’accord. On m’a proposé The French, j’ai accepté sans bien savoir ce que j’allais trouver. J’étais fan de Tennis. J’adorais le tennis, contrairement à ce qu’il dit lui. [Petits rires de William Klein] J’adore le tennis mais ce n’est pas tout ce que je déteste ! (2) [petits rires] J’aurai aimé devenir ami de ces grands joueurs que j’admirais mais ce n’a pas été le cas, à part peut-être avec Noah un peu. Le premier travail de moi que vous connaissez c’est The French, c’est pas mal. […]


Cet entretien a été repris dans mon livre Conversations 3 où vous le trouverez dans son intégralité.

French and English version available.

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