THE PHOTOBOOK REVIEW

Issue 16

Éditrice invitée: Federica Chiocchetti

Aperture Foundation

Printemps 2019

Aperture.org

Sur Rich and Poor by Jim Goldberg, 1985

Rich and Poor s’avère à la fois parfaitement de son temps et prémonitoire : politiquement et esthétiquement.Ce travail entamé dès 1977, est publié à la fin du premier mandat de Ronald Reagan, marqué par le libéralisme économique et la baisse des impôts des plus riches suivant la théorie du ruissellement selon laquelle, cet accroît de gains finirait par bénéficier aux plus pauvres. Point de vue largement revenu à la mode aujourd’hui dans les grandes démocraties libérales. Les critiques de cette politique y ont, au contraire, vu une cause de l’accroissement des inégalités. Par son titre même, Rich and Poor, s’inscrit donc dans cette problématique.

 

Esthétiquement, Jim Goldberg innove. Il refuse la position de surplomb du photographe mais réalise une coproduction avec ses sujets. Les portraits sont réalisés dans leur environnement. Les plus pauvres, souvent dans des chambres d’hôtels meublés déglinguées. Les plus riches dans leur cadre bourgeois. Mais, le tirage réalisé, Goldberg retourne voir chacun et lui demande d’écrire manuellement ses sensations sur les marges de l’image. L’œuvre finale est donc une co-écriture photographique et manuscrite. Certains commentent leur portrait. Souvent, les plus pauvres le remercient d’avoir pris le soin de s’intéresser à eux. Tous ou presque, pauvres comme riches, commentent leurs conditions de vie pour les déplorer ou s’en féliciter.

Rich and Poor est emblématique de l’invention d’un ouvrage participatif où la voix du photographe n’est qu’une parmi d’autres. Ce procédé élargit ainsi l’opinion que le lecteur peut se faire du thème sans qu’elle lui soit « imposée » par l’auteur.

Que l’on pense à Control Order House d’Edmund Clark, à An autobiography of Miss Wish de Nina Berman ou à A Room of Their Own de Susan Meiselas, cette manière de créer un dialogue entre images et discours a trouvé une vigueur nouvelle ces dernières années tant les mots de « l’autre » démultiplient la force du travail du photographe.