POLKA 

numéro 20

Chroniqueur

Novembre 2012

Polka Magazine.com

La Chronique de Rémi Coignet

Kiev de Rob Hornstra, The Sochi Project

Le photographe néerlandais Rob Hornstra et le journaliste Arnold van Bruggen se sont lancé un pari un peu fou : documenter cinq ans durant, le cadre humain, économique et géopolitique des Jeux Olympiques d’hiver de 2014. Ces Jeux se tiendront à Sotchi, station balnéaire russe de la mer Noire. Ce n’est là qu’un moindre paradoxe. Située au cœur  du Caucase, Sotchi vit du tourisme. Pourtant, la région est parmi les plus complexes et instables de la planète. Les conflits ethniques, religieux ou territoriaux y sont légion. Au Sud, l’Abkhazie, région sécessionnaire de la Géorgie, est à portée de regards. Au Nord, l’Ossétie, l’Ingouchie ou la Tchétchénie ne sont qu’à quelques centaines de kilomètres.

Crise de la presse oblige, depuis 2009, Rob Hornstra et Arnold van Bruggen autofinancent “The Sochi Project“. Pour cela, ils ont mis au point un système sophistiqué de collecte de fonds : souscriptions et vente de livres autoédités notamment. Ils en ont déjà publié sept, consacrés entre autre à l’Abkhazie ou à Grozny. Kiev traite de l’aspect touristique de Sotchi : bains de mer, commerces (on note une enseigne Kodak déjà anachronique) mais aussi, signe de la tension ambiante, une réunion de policiers. Le titre, Kiev, ne fait pas tant référence à la capitale de l’Ukraine voisine qu’à un appareil photo de l’ère soviétique, le Kiev, ici utilisé par Rob Hornstra. Kiev est une ode à la photo argentique, ses surprises, ses imperfections, ses accidents. Accidents ici manifestes. Les appareils de conception soviétique sont connus pour leur piètre qualité : toutes les images du livre sont endommagées sur leurs bords par des rayures dues à la mécanique défectueuse d’avancement du film.

Formellement, Kiev est un objet exceptionnel. Conçu par les graphistes Kummer & Herrman qui accompagnent The Sochi Project, il se présente comme une sorte de double leporello (livre accordéon) imprimé sur carton. Il se déplie d’abord horizontalement. Mais la technique de pliage choisie, fait que l’on peut, toutes les quatre images, soit tourner une page (et donc masquer deux photos) soit faire pivoter l’objet jusqu’à obtenir une sorte de poster de 60 x 86 cm où toutes les photos deviennent alors visibles. Au verso, l’on trouvera une seule et immense image de laurier rose.