POLKA 

numéro 25

Chroniqueur

Mars 2014

Polka Magazine.com

La Chronique de Rémi Coignet

Imaginary Club, Oliver Sieber, Böhmkobayashi/Gwinzegal

Imaginary Club est une ethnographie. Autrement dit, une étude de populations et de leurs mœurs. Les tribus qu’Oliver Sieber visite depuis des années ont pour noms Punks, Gothiques, Skins et autres sous-mouvements de la contre-culture. Le livre est un imposant pavé de 422 pages, épais comme un annuaire. Oliver Sieber rencontre ses sujets à la porte de leurs lieux de culte : clubs ou salles de concert. Il y installe un studio photo éphémère : appareil moyen-format, fond noir ou gris clair, lumières et les invite à poser. En couleurs, Sieber magnifie chaque individu dans son désir d’appartenance à une caste. 

Les personnages sont cadrés en buste, le regard dans le vide tourné vers la gauche ou la droite. Jamais face caméra, comme perdus dans leurs pensées. La plupart ont des looks insensés : coupes de cheveux, tatouages, piercings ou scarifications sont autant de signes de rejet des conventions sociales communément admises. Ce dispositif fait apparaître la fierté de la plupart à s’en émanciper mais en même temps parfois une forme de trouble. L’enquête d’Oliver Sieber se déploie sur trois continents : Amérique du Nord, Europe et Asie. Ce vaste panorama fait apparaître un intéressant double paradoxe dans la démarche de ces personnes : L’extrême soin apporté à l’apparence individuelle vise à se fondre dans un groupe. Et deuxièmement, ce repli en tribus, attitude par essence archaïque, se double d’une inscription très contemporaine dans un espace mondialisé. Tel look, vu par exemple à Düsseldorf, aura son pendant à Tokyo ou Los Angeles. 

Très clairement, par la rigueur de son observation, Oliver Sieber dresse une typologie des adeptes de la contre-culture. Ce faisant, il s’inscrit dans une histoire de la photographie, allemande notamment. On pense à August Sander. Mais il a l’intelligence de dépasser cette forme canonique. En effet, outre ses portraits très construits, qui sont clairement le cœur du livre, Imaginary Club regroupe des centaines d’instantanés noir et blanc pris dans la rue, une voiture ou un bar. Ils représentent donc le cadre dans lequel évoluent les personnages. Aux humains, le respect d’un portrait professionnel, aux paysages, l’esthétique rock’n’roll.

Karma, Oscar Monzon RVB Books/Dalpine

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